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Juste un mot... Qui va bien

M le magazine du Monde| 17.05.2013 à 11h41

Par Didier Pourquery

Didier Pourquery
Didier Pourquery | Jean-Baptiste Talbourdet/M Le magazine du Monde

 

Entendu et réentendu à Cannes depuis plusieurs années : "Elle était en robe noire avec le petit top transparent qui va bien" ; "Trop glamour, avec la petite robe rouge vintage qui va bien". J'ai même lu dans Première, dans une légende d'une série de photos de Katy Perry aux Grammy Awards 2010, minaudant encore et encore en faisant briller sa bague de fiançailles, qu'elle affichait "la moue qui va bien quand on est une jeune fiancée". On aura compris, on le sait bien, qu'il ne s'agit pas de dire que ce sont des tenues ou des attitudes qui vont bien à celles qui les portent, non, simplement, c'est le truc "qui va bien".

Dans un excellent livre qui vient de sortir aux éditions Tut-tut (oui, je sais...) sous le titre "Je dis ça, je dis rien" et 200 autres expressions in-sup-por-tables ! (1), Adèle Bréau épingle "qui va bien" en donnant un exemple de phrase entendue en agence de pub : "Mets-moi le p'tit graphique qui va bien dans ton PowerPoint." Adèle Bréau, blogueuse sur Terrafemina.com, n'est pas tendre avec les clichés contemporains, elle commente : "Ce "p'tit graphique" irait-il donc bien ? Même pas. Il semblerait que sa présence "fasse bien" tout au plus, notamment aux yeux du client qui n'y verra que du feu. Sous le "qui va bien" on sent le fake à plein nez." Et ma consœur en chronique langagière de conclure : "Fuyez si on vous invite à déguster une côte de bœuf et sa petite purée "qui va bien"." Tout le livre est de cette eau et je ne saurais trop le conseiller à tous ceux que les expressions suivantes exaspèrent : "je reviens vers toi", "c'est juste insupportable", "au jour d'aujourd'hui", "donner son go", "ça fait sens", "confusant" et autres "j'ai envie de dire"...

"JE VAIS PARTIR SUR"

En lisant ce petit ouvrage, on remarque nombre de phrases qui nous saoulent jour après jour au travail. Mais on ne peut s'empêcher de noter aussi que c'est la télévision, et la multiplication des chaînes avec leurs programmes plus ou moins bâclés, qui reste le diffuseur premier de cette novlangue, populaire par défaut et terriblement réductrice. En effet, à quoi sert la télé aujourd'hui, en dehors de la programmation de séries que l'on télécharge de toute façon sur Internet ? A quoi sert la télévision dite "de flux" ? A fabriquer des scènes de clashs (engueulades), ou des "fails" (ratages), ou des phrases "buzzées" ("non mais allô quoi !"), qui seront reprises en boucle sur les réseaux sociaux pour devenir "cultes".

Elle sert aussi, avec ses talk-shows trop longs et sa télé-réalité débile, à marteler en direction du public le plus large les pires façons de parler de candidats ou d'animateurs certainement doués dans leur domaine mais pas vraiment dans celui de la langue (parlée). Adèle Bréau note par exemple le mot "gourmangue", façon dont les chefs télévisuels à accent, depuis Cyril Lignac, décrivent un plat dans les multiples émissions de chefferie : "J'aimeu biengue, c'est gourmangue, c'est un plat qu'on a envie de mèn'ger." Elle note aussi, dans ces émissions hautement caloriques, l'expression "je vais partir sur" ; comme dans "je vais partir sur la moule, que je vais revisiter entre terre et mer, pour la sublimer à ma façon". Notons que ce genre de bêtise est entré dans le langage courant, pour le meilleur et pour le pire, pour rire ou pour de vrai. Et quand on entend les jurés de "Master Chef" ou de "Top Chef" répéter en boucle le qualificatif "malin" pour décrire un légume "revisité", j'ai envie de dire NMAQ (2) !

(1) Tut-tut, éditions Leduc.S, 224 p., 6 €.

(2) "Non mais allô quoi !" a été déposé en tant que marque par la prévoyante Nabilla.

Didier Pourquery

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